Ecologie... tout court

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athanase

Ecologie... tout court

Message par athanase »

bonjour !

Etant amené par mes études à parler beaucoup d'écologie, je voudrais d'abord faire une petite remarque, et surtout poser 2 questions.
:!: Ma remarque, c'est que à la base, il ne faut pas oublier que l'écologie est une science : en gros, elle permet de comprendre les interactions entre les animaux et les plantes qui vivent dans un même milieu, et les interactions entre ces êtres vivants et les caractéristiques du milieu (climat, sol,...). Dans ce sens là, l'écologie ne pose pas de problème : elle consiste à comprendre le fonctionnement complexe de la nature.
:?: Ma 1° question, c'est : à partir de quel moment l'écologie devient-elle dangereuse? Comment passe-t'on de l'écologie à "l'écologisme"?
:?: Ma 2° question : Est-ce qu'il existe des documents du magistère qui pourraient apporter des éléments de réponse à la 1° ?

Merci ![/i]

P. Joseph-Marie
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Message par P. Joseph-Marie »

Merci pour la rectification et le réajustement du débat !
Je crois que pour un croyant l’écologie devient dangereuse lorsqu’elle risque de devenir idolâtrique. Puisque vous êtes dans la spécialité vous savez mieux que moi qu’au départ du développement de l’écologie « scientifique », la « deep ecology » a joué un rôle moteur. Cette « écologie des profondeurs » était hélas idolâtrique (la déesse Gaïa pour la Terre, etc.), et tout un courant écologique en a gardé la trace.
Je défend avec acharnement l’existence d’une « écologie biblique », fondée dans le verset : « Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder » (Gen 2, 15). C’est au nom de notre responsabilité de Prêtres, Prophètes et Rois de la création que nous avons a respecter et à développer une écologie planétaire, et pas pour vénérer la déesse Gaïa ou pour ne pas nous aliéner les esprits de la nature !
Pour ce qui et du magistère romain, il y a eu un document signé conjointement le 10 juin 2002, par le Pape Jean-Paul II et le patriarche œcuménique Bartholomaios Ier. Accompagné d’ailleurs par un très beau discours de clôture (du symposium sur « Religion, science et environnement ») prononcé par le patriarche sur le thème : « La dimension eucharistique, ascétique et spirituelle du sacrifice ». (Si vous voulez, je peux vous les transmettre par e-mail)
Pour ce qui est de la conférence des évêques de France, voilà deux ans déjà qu’un ouvrage devait sortir sur le sujet. La commission chargée de la rédaction m’avait demandé de rédiger une contribution sur l’écologie néo-païenne ; J’y réponds en partie à votre question 2. Comme cet ouvrage n’est toujours pas sorti, je songe sérieusement à publier mon article sur notre site !!!

athanase

Message par athanase »

Il est vrai que les motivations des écolos sont très diverses... A tel point que les scientifiques se sont inventé un nouveau nom pour se différencier de l'écologie politique : on parle maintenant d'écologue, et non plus d'écologiste.
J'avoue que je ne m'intéresse au problème éthique de l'écologie que depuis peu : c'est en fait un point qui n'est quasiment pas abordé dans les cours que j'ai pu recevoir, et pourtant c'est l'aspect dont on parle le plus dans les médias... Protéger la nature est devenu une évidence pour la plupart des gens, à tel point que certains tombent dans un 'intégrisme' écolo. Ils considèrent la nature uniquement pour ce qu'elle est, et pas pour ce en quoi elle peut être bonne pour l'homme. Et au final, ils finissent par adorer la création sans prêter gare au Créateur...
Quelle peut-être la position du Chrétien vis-à-vis de ces nouveaux paiens, comme vous les appelez? Soit l'Eglise rejette tout en bloc, le paganisme et l'écologie ; et c'est peut-être la position qu'elle a observé depuis quelques décennies. Ou du moins a t'elle négligé le phénomène, sans y prêter la moindre attention, d'où le fait que nombre d'écolos considèrent que le christianisme, par son silence, est responsable de la crise écologique (cf votre article).
Soit l'Eglise met en avant le fait qu'elle a toujours gardé le même regard bienveillant sur la création ; que la nature n'est pas au service de l'homme mais plutôt que l'homme est responsable de sa bonne conservation d'après le livre de la genèse ; que Saint François a peut-être été le premier des écolos ; et que la meilleure manière d'éduquer au respect de la nature, c'est d'y voir l'oeuvre de Dieu, qui nous a créé dans le même mouvement d'amour que les plantes et les animaux...
Mais comment considerer ces néo- paiens ? Comme des impies d'une ère post-chrétienne, dont il n'y a plus rien à tirer? Ou plutôt comme des gens qui, n'ayant pas reçu l'enseignement de l'Eglise sur la création, en sont restés à une attitude pré-judéochrétienne (des paiens tout court, en somme)? Dans cette deuxième hypothèse, leurs croyances et leurs spiritualités ne sont-elles pas un terreau propice à une certaine évangélisation, tout comme les premiers moines d'occident ont semble-t'il installé la foi chrétienne parmi les civilisations celtiques et autres? N'est-ce pas une sorte de point de départ d'où tout peut recommencer, en prenant avec eux la Bible par le début : la genèse?

P. Joseph-Marie
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Message par P. Joseph-Marie »

En travaillant la question, j’ai pu me rendre compte que l’Eglise n’a pas réagi au défi écologiste parce qu’il lui semblait évident… qu’elle était dans le « bon » camp ! Hélas, rares sont ceux qui ont remarqué que - contre toute évidence, et avec une mauvaise foi manifeste - l’Eglise était à nouveau mise au banc d’accusé. Voilà ce qui explique qu’elle n’ait pas réagi à ces mises en accusation, et qu’elle ne soit pas montée au créneau pour authentifier, par des prises de position et des actions concrètes, sa tradition écologique.
Pour ce qui est du néo-paganisme contemporain, la situation est plus ambiguë. Il y a les néo-païens qui le sont devenus parce qu’ils sont hors de l’influence de l’Eglise et sont en quête de sens. Ceux-là sont effectivement à évangéliser comme vous le proposez. Mais il y a aussi hélas tout un mouvement néo-païen explicitement anti-chrétien, qui milite pour un retour au naturalisme et au polythéisme dont la première évangélisation avait purifié l’Europe au cours des premiers siècles d’expansion du monachisme. La relation est évidemment plus difficile avec cette frange « dure » du Nouvel Age et de l’écologie dite « des profondeurs »…

athanase

Message par athanase »

Qu'entendez-vous précisément par anti-chrétien ?
Il me semble qu'il peut exister deux types d'anti-chrétiens :
-d'abord ceux qui sont en effet explicitement en opposition d'esprit avec la révélation chrétienne : ceux-là, seule la grâce peut les sauver;
-mais aussi ceux qui semblent ne s'opposer qu'au christianisme, ou à la chrétienté : dans leurs critiquent, ils donnent l'impression de s'en prendre à la religion et à la société qui s'est constituée autour, mais pas à la foi en elle-même. Ils s'opposent en fait au 'christianisme sans Dieu' que leur ont vendu les philosophes des Lumières... et ils ont raison !! Ce christianisme sans Dieu est bien la pire des inventions de l'homme moderne !!
A cette dernière catégorie, on peut encore espérer pouvoir leur démontrer leurs erreurs de raisonnement...

P. Joseph-Marie
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Message par P. Joseph-Marie »

Plût au ciel que vous ayez raison dans votre analyse ! Je crains hélas que les personnes qui appartiennent à votre second groupe, se rangent également dans le premier lorsque vous en arriverez à présenter la foi chrétienne !
Sincèrement, nos contemporains ne se soucient plus depuis longtemps de la religion sociologique. C’est toute l’Eglise et la foi qu’elle véhicule qui est discréditée. Et les raisons de ce rejet sont bien plus profondes qu’une critique du formalisme d’une certaine pratique religieuse sociologique. Avec le rationalisme, c’est la transcendance de Dieu qui est visée. Hegel disait très justement que pour arriver à la divinisation de l’homme, il fallait d’abord passer du théisme judéo-chrétien (thèse) à l’athéisme (antithèse), afin de réaliser ensuite l’anthropothéisme (synthèse). C’est bien ce programme que nous voyons se réaliser sous nos yeux. Le grand absent de la quête spirituelle contemporaine, est paradoxalement … Dieu ! Du moins le Dieu personnel, créateur, transcendant de la Révélation ; celui-là même qui était déjà visé par le rationalisme et qui est aujourd’hui honnis au sein du Nouvel Age naturaliste.
Ceci dit, vous avez raison : à tout homme, quelles que soient ses convictions, nous avons à proposer la Bonne Nouvelle, dans la certitude que l’Esprit Saint nous précède et prépare le cœur de notre interlocuteur à recevoir le message du salut.

athanase

Message par athanase »

Au fait, pour en revenir à l'écologie, comment se manifeste ce néo-paganisme? En-dehors des cheveux longs et de la marijuana, il y a t'il des comportements qui signalent ce retour à l'adoration de la nature? Ont-ils des rituels, ou juste des habitudes dans la vie de tous les jours, ou bien est-ce avant tout un état d'esprit?

8O Autre question qui m'intéresse : pourriez-vous svp me donner un aperçu de la perception franciscaine de la nature, du point de vue de Saint François et de son actualisation? Merci !

Verrouillé