Saint Thomas d’Aquin définissait la superstition comme « la religion pratiquée avec excès ». Le terme « excès » n’est pas à prendre ici au sens quantitatif. Il signifie dans notre contexte, soit que la dévotion n’est pas rendue à qui de droit, c’est-à-dire à Dieu seul ; soit qu’elle est pratiquée d’une manière indue. Vouloir soustraire à Dieu « de force » certaines grâces par répétition incantatoire de certaines prières, fussent-elles tout à fait « chrétiennes », est un acte de superstition de la seconde espèce, qui s’apparente à la magie. Nous sommes tout proche de ce que la Tradition dénonce sous le terme d’« art notoire ». Ce mot désigne un ensemble d’exercices de piété - en soi respectables - qui doivent être accomplies selon une procédure codifiée, dans le but de produire « immanquablement » l’effet escompté. Il est clair que ce genre de pratique, dont l’intention n’est plus la glorification de Dieu mais l’obtention « certaine » d’un résultat, n’est rien d’autre qu’une pratique magique condamnable.
Nous nous sommes éloignés de ce dont vous témoigniez - la bénédiction d’un objet pieux en le plongeant dans l’eau bénite – mais le rapprochement est facile à faire : la seule finalité légitime de ce genre d’action, ne peut être que la gloire de Dieu et notre conversion. Je cite encore Saint Thomas (on peut élargir son propos à d’autres pratiques de dévotion) : « Si le port des reliques est un témoignage de confiance en Dieu et en la protection des saints de qui elles proviennent, cela n’a rien de défendu. Mais si l’on attribuait de l’importance à quelque vain détail, par exemple la forme triangulaire du reliquaire, ou autre futilité sans rapport avec l’honneur de Dieu, il y aurait superstition et péché » (Somme Théologique, IIa IIae, q.96, a.4, ad. 3).
Je ne dis pas tout cela pour décourager les pratiques de dévotion dite « populaires », mais pour que nous puissions vérifier la finalité que nous donnons à ce genre d’actions - et éventuellement la rectifier afin qu’elle soit agréable à Dieu.