L’évangile dominical est rarement pris aussi radicalement au pied de la lettre : le Saint-Père François exhortait hier, au cours de la prière de l’angélus, place Saint-Pierre, « que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille » de réfugiés. Car, expliquait-il, « le couple fermé, la famille fermée, le groupe fermé, la paroisse fermée, la patrie fermée, cela vient de nous, cela n’a rien à voir avec Dieu », lui qui prononce le « ephphata » ouvrant l’homme à Dieu et à son prochain.

De fait, si chacune des 120 000 paroisses européennes accueillait une famille, environ 350 000 des 500 000 réfugiés pourraient être pris en charge, (800 000 personnes auront demandé asile d’ici la fin de l’année). C’est dire combien la demande de François est un humble ; même si chaque paroisse et chaque monastère répondait (on ignore combien auront la capacité de le faire), il resterait beaucoup à faire. En outre, mettre en œuvre un mouvement d’assistance de si grande envergure ne saurait être réalisé sans la collaboration des administrations nationales, sous peine de susciter la malveillance des réseaux de passeurs et d’augmenter l’exploitation de la détresse des réfugiés. Enfin, cette nécessaire mobilisation ne saurait être qu’une étape vers la résolution de la crise. Les politiques se disputent sur les conséquences d’une ouverture massive de nos villes aux flux irrépressibles de migrants, mais ils devraient entendre derrière l’appel du Saint-Père l’enseignement traditionnel de l’Église défendant le droit de chacun à vivre en paix dans son propre pays. Que l’Église invite à la charité une Europe qui perd son âme et son sens de la solidarité est salutaire pour tous, nationaux et migrants, chrétiens et musulmans. Mais cela n’occulte pas les appels au respect des peuples qu’elle lance régulièrement à propos des crises, en Iraq, en Lybie et en Syrie notamment. Il ne faut pas perdre de vue le besoin premier des populations torturées, à commencer par les populations chrétiennes d’Orient : l’assistance nécessaire pour que leurs terres et la capacité d’y vivre en paix leur soient restituées.

Finalement, le Pape François oriente l’Europe vers la meilleure des politiques : celle qui a pour fondement le respect de la dignité de l’homme. Puisse sa parole susciter un élan vivifiant dans nos sociétés sourdes aux appels de la grâce et ouvrir un chemin de retour vers la paix.

CatégorieAu fil des jours
Famille de Saint Joseph
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