« Prends cette médecine exquise, gros comme un haricot, projette là sur mille onces de mercure, celui-ci sera changé en une poudre rouge.

Ajoute une once de cette poudre rouge à mille onces d’autre mercure, la même transformation s’opèrera.
Répète deux fois cette opération, et chaque once de produit changera mille onces de mercure en pierre philosophale.

Une once de produit de la quatrième opération sera suffisante pour changer mille onces de mercure en or qui vaut mieux que le meilleur or des mines. »

Raymond Lulle, Novum Testamentum

Pour l’alchimiste, la pierre philosophale permettrait de faire rapidement le travail que la Nature est supposée opérer au cours des siècles durant lesquels les métaux évolueraient lentement vers des états supérieurs, sous l’influence des astres et des conditions telluriques. Le but originel de la Nature – n’oublions pas que pour le magicien il s’agit d’un Vivant doué d’intentionnalité – serait d’emblée de créer de l’or ; cependant la production de celui-ci aurait à suivre la loi universelle de l’évolution, qui dirige tous les niveaux de la manifestation, donc également celui de la nature inanimée. Ce qui expliquerait la présence des métaux inférieurs, signes de cette évolution cosmique. En accélérant le processus naturel, l’alchimiste manifesterait donc sa domination sur les forces agissantes au cœur de la Nature, c’est-à-dire sur la Vitalité du Cosmos (divinisé).
La maîtrise du processus évolutif de la matière n’est toutefois que l’aspect extérieur de l’activité alchimique. Conjointement le mage s’exerce par des exercices « spirituels » adaptés, à accélérer également sa propre évolution, au point d’atteindre le terme de l’évolution, à savoir l’unité avec le Principe divin.

A vrai dire, les deux démarches sont inséparables : c’est dans la mesure où il atteint des niveaux « supérieurs » de conscience par une série de démarches initiatiques et les pratiques occultes qui y correspondent, que l’alchimiste est supposé parvenir à scruter le secret de la Nature et à maîtriser l’évolution des métaux vers l’or. Inversement, la maîtrise de ce qui se passe dans l’alambic serait une aide précieuse pour l’évolution personnelle du mage.
Ce que recherche l’alchimiste, c’est donc l’illumination gnostique, confirmée par le pouvoir sur la Nature qu’elle confère, puisque le mage serait alors en harmonie avec la Force divine qui dirige tous les processus naturels.
Cette maîtrise est supposée permettre à l’alchimiste de vaincre la vieillesse, les maladies, et même d’échapper à la mort qui n’aurait sur lui plus aucune emprise. Tel est le sens des légendes qui entourent des personnages soi-disant immortalisés comme le comte Alexandre de Cagliostro (1743-1795), Louis-Claude de Saint Martin (1743-1803), et même le fameux mage noir Aleister Crowley (1875-1947).

Notons encore que la pierre philosophale prétend à des propriétés que nous attribuons à l’Eucharistie, les mages n’hésitant pas à parler de « médecine d’immortalité », terme réservé par les Pères de l’Eglise au Sacrement de l’Autel. L’alchimie n’hésite d’ailleurs pas à se présenter comme la science pratique qui réaliserait concrètement le programme ésotérique de l’Evangile, dont les chrétiens ne connaîtraient que l’aspect exotérique.