« Grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu,
quand nous visite l’astre d’en haut,
pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort,
pour conduire nos pas au chemin de la paix
. » (Lc 1, 78-79)

Le Cantique se termine en reprenant, en d’autres termes, le thème des premiers versets : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur » (Lc 1, 68-69).

Le terme « visiter » dans la première Alliance, lorsqu’il s’agit d’une action accomplie par Dieu, signifie toujours une intervention salvatrice en faveur de son peuple. Peu avant de mourir, Joseph dit à ses frères :

Gn 50, 24-25 : « “Je vais mourir. Dieu vous visitera et vous fera remonter de ce pays dans le pays qu’il a fait serment de donner à Abraham, Isaac et Jacob”. Joseph fit prêter serment aux fils d’Israël, en disant : “Quand Dieu vous visitera, vous ferez monter d’ici mes ossements”. »

Cette visitation divine s’accomplit lors de la sortie d’Égypte et de l’entrée dans la Terre Promise.

De même Noémie projette de rentrer dans son pays, « car elle avait appris que le Seigneur avait visité son peuple et lui donnait du pain » (Ruth 1,6).

La pluie abondante par laquelle Dieu bénit sa création, est également comparée à une visitation :

Ps 64(65), 10 : « Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses ; les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau : tu prépares les moissons. »

C’est bien sûr dans le Nouveau Testament que ces visitations trouvent leur accomplissement : le Verbe de Dieu non seulement visite, mais il épouse notre humanité, pour nous arracher au pouvoir du péché et de la mort, et nous « rendre participants de sa nature divine » (2 P 1,4).

« Grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu,
quand nous visite l’astre d’en haut »

Zacharie parle (littéralement) des « entrailles de miséricorde de notre Dieu, selon lesquelles l’Astre d’en haut nous a visités ». La miséricorde de notre Dieu, exprimée en termes de tendresse maternelle, nous est offerte dans la visitation de « l’Astre d’en-Haut » – c’est ainsi que la Bible de Jérusalem traduit le terme grec « anatolè », qui fait écho à la « corne de salut » du verset 69. Cette traduction renvoie sans doute aux prophéties messianiques de Balaam et de Malachie :

Nb 24,17 : « Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël. »

Ma 3,20 : « Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. Vous sortirez en bondissant comme de jeunes veaux à la pâture. »

Le Christ Jésus est cet Astre d’en haut venu nous visiter, « la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans ce monde » (Jn 1,9). Celui qui le suit « ne marchera pas dans les ténèbres : il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12).

Jn 1, 12-13 : « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. »

Mais malheureux celui « qui n’a pas reconnu le moment où Dieu le visitait » (Lc 19,44) : à la visitation de grâce et de miséricorde, suivra la visitation du jugement.

Lc 19, 41-44 : « Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : “Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux. Oui, viendront pour toi des jours où tes ennemis construiront des ouvrages de siège contre toi, t’encercleront et te presseront de tous côtés ; ils t’anéantiront, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait”. »

 « …pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort,
pour conduire nos pas au chemin de la paix
. » (Lc 1, 78-79)

Pour décrire l’œuvre du Sauveur, l’auteur inspiré utilise les verbes « illuminer » et « conduire », conformément au langage des prophètes de la première Alliance :

Is 9, 1 : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. »

Dès le Prologue de son Évangile, Saint Jean reconnait en Jésus cette Lumière divine :

Jn 1, 4-5 : « En lui [le Verbe] était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »

Voilà pour l’illumination annoncée par les prophètes et offerte dans le Christ ; et voici pour la conduite, annoncée elle aussi par le prophète Ézéchiel et réalisée par le Christ Bon-Berger :

Ez 34, 11-15 : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. Je les ramènerai sur leur terre ; je les ferai paître sur les montagnes d’Israël, dans les vallées, dans les endroits les meilleurs. Je les ferai paître dans un bon pâturage, et leurs prairies seront sur les hauteurs d’Israël. Là, mes brebis se reposeront dans de belles prairies, elles brouteront dans de gras pâturages, sur les monts d’Israël. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. »

Jn 10, 2-5 : « Le pasteur, le berger des brebis, ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

Ainsi, conformément aux « promesses faites à nos pères »,

  • le Christ, lumière et vérité, nous arrache aux ténèbres du mensonge qui conduit à la mort,
  • pour relancer notre marche à sa suite sur le chemin qui conduit au Père, Source de la Vie :

Jn 14,6 : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

« …pour conduire nos pas au chemin de la paix »

La Paix, dernier mot du Cantique, récapitule les fruits du salut ; elle représente l’ensemble des bénédictions apportées par le Messie. Elle constitue le terme vers lequel nous cheminons sous la houlette du Bon Pasteur : le plein accomplissement de notre aspiration au bonheur, dans une pleine communion d’amour avec Dieu et entre nous.

La Paix est le don par excellence, que Dieu a promis à son peuple tout au long de la première Alliance :

Ps 28(29),11 : « Le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix. »

Cette bénédiction lui sera transmise par le Messie, dont l’avènement est pressenti par le prophète Isaïe :

Is 9,5 : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : “Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix”. »

Or c’est avec l’avènement du Christ que cette promesse va enfin s’accomplir, comme les Anges l’annoncent aux Bergers dans la campagne de Bethléem :

Lc 2, 10-14 : « “Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire”. Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : “Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime”. »

Cette paix ne pourra cependant se répandre qu’après la grande réconciliation opérée par le Christ dans sa Passion. Aussi est-ce au matin de Pâques que Jésus la transmet à ses proches :

Jn 20, 21-23 : « “La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie”. Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : “Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus”. »

Cette Paix, c’est la participation à la vie du Ressuscité dans l’accueil de l’Esprit Saint, qui nous est donné pour que nous poursuivions l’œuvre de réconciliation universelle que le Fils unique est venu initier parmi nous.

 

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