« Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais » (Lc 1, 54-55)

Les deux derniers versets du Magnificat sont composés de trois unités bien distinctes. La première, « il relève Israël son serviteur » (v. 54a) poursuit la description de l’action rédemptrice de Dieu dans l’histoire. La seconde unité, « il se souvient de son amour » (v. 54b) frappe par sa brièveté – deux mots seulement en grec – et tranche par le fait même avec la troisième unité, particulièrement longue : « Comme il l’avait dit à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais » (v. 55). Cet allongement significatif relève d’un procédé littéraire qui suggère la fin du Cantique.

Les derniers mots, qui évoquent une durée qui n’a pas de fin, permettent cependant au Magnificat de demeurer ouvert sur l’avenir : la fidélité de Dieu est de toujours à toujours ; elle accompagne le pèlerinage des hommes tout au long de leur histoire.


« Il relève Israël son serviteur »

En réponse à l’appel de Dieu que lui adressait l’Ange Gabriel, Marie s’était présentée comme « la servante du Seigneur » (Lc 1, 38) – son « humble servante » (Lc 1, 48) dans le Magnificat. Faut-il le préciser : cette attitude n’a rien de servile ! L’obéissance véritable procède de l’amour, et se concrétise dans le service désintéressé : ne désirons-nous pas obéir aux désirs de ceux que nous aimons, afin de leur témoigner notre affection par notre engagement à leur service ? La réponse de Marie : « Qu’il me soit fait selon ta Parole » (Lc 1, 38), annonce celle de Jésus à Gethsémani : « Non pas ma volonté, Père, mais la tienne » (Lc 22, 42). Notre-Seigneur en effet « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28). L’attitude du serviteur constitue l’essence de l’amour filial que nous révèle Jésus : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34). C’est précisément pour accomplir l’œuvre de la Rédemption, conformément à la volonté de son Père, que Jésus « s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 8). En s’offrant ainsi pour le salut du monde, Notre-Seigneur réalisait la prophétie du Serviteur souffrant annoncé par Isaïe : « C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira » (Is 53, 4-11). Mystérieusement le prophète ajoute : « Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Il verra une descendance, il prolongera ses jours » (Is 53, 11.10) ; ce qui suppose que la mort n’a pas pu garder le Serviteur dans son étreinte, conformément à ce que Jésus avait lui-même annoncé : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 19).

Ainsi donc lorsque Marie prononce cette parole – « Il relève Israël son serviteur » – elle annonce prophétiquement la résurrection de son Fils Jésus, Fils de Dieu, fils d’Abraham, fils de David, qui a pris chair dans son sein par l’action de l’Esprit du Dieu Vivant.
« Il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais »

Le terme « amour » (traduction liturgique) traduit le grec éléos, miséricorde, déjà rencontré au v. 50. Jésus est le « témoin fidèle » (Ap 1, 5) de la fidélité de Dieu à son Alliance, et par le fait même : de sa miséricorde. C’est parce que Dieu « se souvient » qu’il manifeste sa miséricorde par l’envoi de son Fils.

Lorsqu’il déclare solennellement devant Pilate : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37), Jésus ne parle pas d’une vérité conceptuelle, abstraite, mais de l’emet, c’est-à-dire de la fidélité de Dieu à la promesse faite aux Patriarches, « à Abraham et à sa descendance à jamais ». Saint Paul le confirme : « Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même » (2 Tim 2, 13). Lorsque nous nous sommes égarés loin de Dieu, trompés par le discours mensonger du Tentateur, le Seigneur « ne nous a pas abandonnés au pouvoir de la mort, mais Il nous a envoyé son propre Fils, pour qu’il soit notre Rédempteur » (Pr. Euch. IV). C’est à cette fidélité de son Père que Jésus rend témoignage lorsqu’il intercède pour tous les enfants de Dieu dispersés qu’il est venu rassembler (cf. Jn 11, 52) dans la grande étreinte de la Croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).
« Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais »
Le Magnificat atteint ici son sommet : « comblée de grâce » (Lc 1, 28), Marie invite l’Église de tous les temps à s’unir à sa louange et à rendre grâce quotidiennement pour le salut offert en Jésus-Christ notre Seigneur, « mort pour nos péchés conformément aux Écritures ; ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures » (1 Co 15, 3-4) afin de nous donner part à sa propre Vie dans l’Esprit : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ » (Ep 1, 3-5).

 

Bénéficiaires de cette grâce incommensurable, nous sommes aussi invités à prolonger le chant de la Vierge jusqu’au retour glorieux de son Fils : « Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix » (Jn 18, 37) – dit encore Jésus – et témoigne à son tour de la fidélité de Dieu son Père : « Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2,9). Dieu nous a choisis pour que nous rendions témoignage à son amour révélé en son Fils, le Verbe fait chair dans le sein de la Vierge, l’unique Sauveur de tous les hommes. Car « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaîtreTous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1, 18.16-17).
« Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais »
La descendance d’Abraham, ce sont tous ceux auxquels Jésus fait allusion au soir de la dernière Cène : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là – ses disciples présents autour de lui – mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi » (Jn 17, 20).

Nous tous qui « dans le baptême avons été mis au tombeau avec le Christ, et qui sommes ressuscités (relevés) avec Lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Col 2, 12), souvenons-nous toujours de sa miséricorde, de sa fidélité, de l’Alliance nouvelle et éternelle qu’il a scellée par son Sang ; demandons à la Vierge comblée de grâce, de mettre sur nos lèvres, les paroles inspirées qui toucheront les cœurs et les ramèneront à leur divin Sauveur ; nous pourrons alors avec Marie nous tourner vers « Celui qui vient sur les nuées » (Ap 1, 7), et entonner le Magnificat éternel avec tous les Anges et tous les Saints.

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Famille de Saint Joseph
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