« Saint est son Nom ! » (Lc 1,49)

Dans la Bible, le nom comporte une affirmation sur l’essence de son porteur, il exprime un aspect de sa nature. Le nom exprime l’ensemble des qualités, des aptitudes de la personne ; sa valeur personnelle. Lorsque Dieu envoie Moïse vers les fils d’Israël, ce dernier Lui objecte : « Ils vont me demander quel est ton Nom ; que leur répondrai-je ? » (Ex 3,13) Dieu répond : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : “Youd Hé Vav Hé” le Dieu de vos pères, Dieu d’Abraham Dieu d’Isaac Dieu de Jacob m’a envoyé vers vous ; c’est là mon Nom à jamais » (3,14). Le Tétragramme est formé des lettres du verbe être, lisible au passé, au présent, et au futur ; d’où la traduction la plus courante : « l’Éternel » ; la Source de toute existence. Par respect pour la transcendance divine, les fidèles invoquent plutôt le nom d’Adonaï (mon Maître, mon Seigneur), et parlent de Hachem (le Nom).

Proclamer que le Nom de Dieu est Saint revient à affirmer que la sainteté qualifie l’essence même de Dieu ; elle lui appartient en propre : « Il n’est pas de Saint pareil au Seigneur » (1 Sm 2,2) ; « Qui ne te craindrait, Seigneur ? A ton nom, qui ne rendrait gloire ? Oui, toi seul es saint ! » (Ap 15,4).

« Saint est son Nom ! » (Lc 1,49)

Le thème de la sainteté du nom de Dieu est constant dans la tradition juive. Cette sainteté n’est cependant que pressentie dans la Révélation que Dieu donne de lui-même tout au long de la première Alliance. Il faut attendre la plénitude des temps et le déploiement de l’Incarnation rédemptrice, pour que nous puissions identifier la sainteté de Dieu avec son Amour subsistant, révélé dans le don de son Fils Jésus-Christ : « Je leur ai fait connaître ton Nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux » (Jn 6,26). A l’aube de l’Alliance nouvelle et éternelle, la Mère du Sauveur a pressenti la vraie nature de la sainteté de Dieu, lorsque l’Ange lui annonce que Celui qu’elle va concevoir, sera appelé « Fils du Très-Haut » (Lc 1,32).

Il appartient en effet à Jésus de révéler le vrai Nom du Dieu d’amour auquel il s’adresse dans sa prière : « Père Saint » (Jn 17,11). Et comme Notre-Seigneur incarne dans toute sa Personne cette sainteté qu’il tient de Dieu son Père – « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jn 14,9) – le Nom de Jésus, le Verbe de Dieu fait chair, participe à cette même sainteté du Père : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). Saint Pierre l’avait pressenti lorsqu’il disait : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 68-69).

« Saint est son Nom ! » (Lc 1,49)

Jésus – « Dieu sauve » – est donc le véritable Nom divin, dont la sainteté se révèle dans son amour rédempteur : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4,12).

La sainteté du Christ signifie :

  • Négativement, l’absence de tout péché : « Vous savez que lui, Jésus, s’est manifesté pour enlever les péchés, et qu’il n’y a pas de péché en lui» (1 Jn 3,5 ; cf. : 2 Co 5,21 ; He 4,15 ; 1 P 2,22) ;

et

  • Positivement, l’obéissance parfaite à la loi d’amour du Père : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre» (Jn 4,34) ; « Je fais toujours ce qui lui est agréable » (Jn 8,29).

En raison des deux consciences de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, nous pouvons également distinguer une double sainteté :

  • Une sainteté objective découlant de l’union hypostatique : Jésus est « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, de même nature que le Père» (Credo de Nicée-Constantinople), et donc parfaitement saint en tant que « Fils unique de Dieu ».
  • Une sainteté subjective : en raison de sa parfaite obéissance, le « Fils de l’homme» participe pleinement à la sainteté objective du Verbe. Cette sainteté subjective est acquise par Jésus au cours de sa vie terrestre en raison de sa parfaite soumission à la volonté de Dieu son Père. Jésus est « celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde » (Jn 10,36), mais il est aussi celui qui, pour ses disciples, « se sanctifie lui-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité » (Jn 17,19). Cette progression en sainteté correspond à la croissance « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2,52) à Nazareth. Lorsque nous proclamons dans le Gloria en nous adressant à Jésus : « Toi seul es Saint », nous confessons que hormis Jésus, aucun homme ne participe parfaitement à la sainteté objective de Dieu.

« Saint est son Nom ! » (Lc 1,49)

Ce n’est que sur l’horizon de la paternité divine et de l’Incarnation du Fils unique, que nous pouvons comprendre le commandement du Lévitique : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19,2). C’est parce que le Père a envoyé son Fils, et que celui-ci, après avoir purifié l’humanité dans son Sang (Ap 7,14), a envoyé l’Esprit de sainteté sur ceux qui lui sont fidèles, que Dieu peut nous ordonner d’être saints comme lui-même et lui seul est Saint : « A l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : “Vous serez saints, car moi, je suis saint” » (1 P 1, 15-16). Jésus est notre sainteté ; par le baptême, il nous incorpore en lui et nous donne part à l’Esprit de sainteté qui repose sur lui en plénitude ; en lui nous devenons des fils adoptifs du Père Saint, vivant de sa propre vie : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous êtes devenus des justes, au nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Co 6,11).

C’est pourquoi, dans la lettre qu’il a écrite Au début du nouveau millénaire, le pape Jean-Paul II écrivait : « Je n’hésite pas à dire que la perspective dans laquelle doit se placer tout le cheminement pastoral est celle de la sainteté » (n° 30), comprise comme « la plénitude de la vie chrétienne et la perfection de la charité » (Lumen gentium, n° 40).

« Saint est son Nom ! » (Lc 1,49)

Saint Jean Eudes discerne pas moins de « six grands mystères » dans ces quatre paroles :

(VIII, 50-51) :

« 1- Le premier consiste en ce que le mystère de l’Incarnation, étant un mystère d’amour, est attribué au Saint-Esprit, comme le chef-d’œuvre de son amour et de sa bonté.

2- Le second mystère marqué par ces paroles, consiste en ce que, l’humanité sainte du divin Enfant, que la bienheureuse Vierge a conçu dans ses entrailles, est sanctifiée par l’union très intime en laquelle elle est entrée avec la Sainteté essentielle, qui est la Divinité.

3- Le troisième mystère consiste en ce que cet Enfant-Dieu est ainsi sanctifié et fait le Saint des saints, afin de sanctifier et de glorifier le Nom du trois fois saint autant qu’il mérite de l’être ; comme aussi afin de le faire sanctifier et glorifier sur la terre, dans le ciel et par tout l’univers, et d’accomplir par ce moyen ce qui est marqué dans ces paroles : Que ton Nom soit sanctifié (Mt 6,9).

4- Le quatrième mystère contenu en ces paroles, consiste en ce que le Sauveur du monde, que la très sainte Vierge porte dans son ventre sacré, est oint divinement de l’onction de la Divinité, c’est-à-dire : est sanctifié et consacré en qualité de Sauveur et de sanctificateur au regard de tous les hommes ; ce qu’il commence de faire au regard de son Précurseur et de ses parents saint Zacharie et sainte Élisabeth.

5- Le cinquième mystère consiste en ce que le Saint-Esprit survenant en Marie, pour y accomplir le plus saint œuvre qui fut ni qui sera jamais ; et celui qui est le Saint des saints, la sainteté même, et la source de toute sainteté, étant conçu en elle, ils l’ont remplie et comblée d’une mer de grâce et de sainteté inconcevable.

6- Le sixième mystère désigné en ces paroles, consiste en ce que le mystère ineffable de l’Incarnation est une source inépuisable de toutes les grâces et saintetés qui ont jamais été, qui sont et qui seront en la terre et au ciel.

Voyez et admirez combien de merveilles sont contenues en ce peu de paroles, prononcées par la bouche sacrée de la Mère du Saint des saints, dont son saint Nom soit loué, sanctifié et glorifié éternellement. »

Avec les Séraphins, avec tout le paradis, et avec toute la sainte Église et toute la nature qui exulte en ce mois de juin, prions :

« Saint, Saint, Saint
le Seigneur Dieu, de l’univers
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ! »

Famille de Saint Joseph
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