« Que ta volonté soit faite »

Voilà un verset qui n’est pas facile à prononcer – si du moins nous ne le récitons pas machinalement, mais si nous essayons de le méditer consciemment. Dans notre culture qui refuse toute restriction de la liberté individuelle, la volonté de l’autre apparait comme un obstacle potentiel à l’expression de ma volonté propre. Nous préférons prier : « Que ma volonté soit faite en toutes circonstances » !

Parole pour Vivre

Il faut bien sûr dépasser ces premières impressions, en approfondissant ce que signifient ces mots, en particulier le terme « volonté ». En français il signifie aussi bien la faculté de vouloir que l’objet voulu, alors que le grec dispose de deux termes distincts. La consultation du texte original nous enseigne que dans notre verset il s’agit du but recherché : nous souhaitons la réalisation du dessein de Dieu. Nous ne sommes donc pas invités à renoncer à l’exercice de notre volonté pour céder au vouloir capricieux d’une divinité toute-puissante, mais nous demandons que s’accomplisse enfin le projet de salut mis en œuvre dans l’histoire et culminant dans la Pâques du Christ.

« Que ta volonté soit faite »

A première vue, l’expression présente une connotation de passivité, de démission, voire même de résignation à l’inéluctable. Or la comparaison avec un autre verset de l’Evangile nous conduira à corriger cette interprétation et à préciser le sujet de ce faire qui demeure indéterminé.

A Gethsémani, Jésus se tournant vers le Père lui dit ces mêmes paroles : « Que ta volonté soit faite » (Mt 26,42) ; or auparavant – à la fin du récit de la Samaritaine – Notre-Seigneur avait répondu à ses disciples qui s’étonnaient de ne pas le voir manger : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4,34). Lorsque Jésus dit en entrant dans sa Passion : « Que ta volonté soit faite », il n’adopte donc pas une attitude passive, mais décide librement de se mettre totalement et inconditionnellement au service du dessein de salut de son Père : « Or telle est la volonté de celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’Il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour » (Jn 6,39).

Dès lors, lorsqu’à notre tour nous prononçons cette prière : « Que ta volonté soit faite », nous nous engageons à la suite de Jésus, à nous mettre de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force, au service de cette volonté salvifique du Père, fût-ce au prix de notre propre vie.

« Que ta volonté soit faite »

Devenir les collaborateurs de Dieu ne signifie pas abdiquer notre projet de vie personnel. Certes il nous faut renoncer à notre volonté propre dans ce qu’elle a d’égoïste ; mais c’est pour mieux consentir à notre vouloir profond, cet appel de l’Esprit qui résonne dans notre conscience et qui correspond précisément à notre mission personnelle dans le dessein de Dieu. Autrement dit : la volonté de Dieu ne nous est pas extrinsèque, s’imposant à nous de l’extérieur, mais elle est inscrite dans nos cœurs et correspond à notre mission particulière. Y consentir signifie avancer sur notre propre chemin de vérité et de vie, afin qu’au moment de quitter ce monde, nous puissions dire comme Jésus, avec lui et en lui : « Tout est accompli » (Jn 19,30).

Au fond, lorsque nous prions « Que ta volonté soit faite », nous ne demandons pas tant que Dieu fasse ce qu’il veut – qui pourrait l’en empêcher ? – mais plutôt : que nous puissions consentir à son attente, et faire ce qu’Il veut pour collaborer à son dessein.

Certes le parcours n’est pas tout tracé, mais le cap, lui, est fixé : ce ne peut être que l’amour de charité, puisque « l’amour vient de Dieu : Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jn 4,7).

« Que ta volonté soit faite »

C’est pourquoi saint François d’Assise commente ainsi ce verset :

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel
afin de t’aimer de tout notre cœur en pensant toujours à toi ;
de toute notre âme en te désirant toujours ;
de tout notre esprit en tournant vers toi tous nos élans
et en cherchant en toute chose ton honneur ;
de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies
et toute notre sensibilité d’âme et de corps
au service de ton amour et de rien d’autre.
Et afin que nous puissions aimer nos proches comme nous-mêmes
les entraînant tous de tout notre pouvoir à ton amour,
nous réjouissant du bien d’autrui comme du nôtre
et en souffrant avec eux dans leur malheur
et en ne faisant nulle offense à personne. »

Dans le même esprit, sainte Thérèse d’Avila écrivait :

« Le Seigneur nous demande seulement deux choses : que nous l’aimions et que nous aimions notre prochain. Si nous nous efforçons à cela, nous accomplissons sa volonté. Il nous est difficile de savoir si nous aimons Dieu, mais nous pouvons savoir avec certitude que nous aimons notre prochain ! Soyez certains de ceci : plus vous ferez des progrès dans l’amour du prochain, plus vous en ferez dans l’amour de Dieu ! »

« …sur la terre comme au ciel »

Cette précision concerne probablement les trois premières demandes : que le Nom de Dieu soit sanctifié, que son Règne vienne et que sa volonté soit faite « sur la terre comme au ciel ». En fait le français inverse l’ordre des termes : le grec – et toutes les autres langues – citent d’abord le ciel : « comme au ciel ainsi sur la terre » ; c’est-à-dire : de même que ta volonté est accomplie au ciel, qu’il en soit également ainsi sur la terre. Il est logique de prendre le ciel pour modèle et non l’inverse, mais la syntaxe française ne permet pas cette construction.

L’expression signifie donc bien plus que « partout » : le « ciel » désigne précisément le « lieu » où la volonté de Dieu est parfaitement réalisée, c’est-à-dire où sa gloire rayonne de manière définitive et plénière sur tous les visages. La demande que nous adressons à notre Père est donc que ce salut s’étende à notre terre – plus précisément : dans les cœurs de ceux qui sont encore en pèlerinage vers la Terre promise.

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel  »

« La volonté de Dieu,
c’est ce que le Christ a fait et enseigné :
l’humilité dans la conduite, la fermeté dans la foi,
la retenue dans les paroles, la justice dans les actions,
la miséricorde dans les œuvres, la rectitude dans les mœurs ;
être incapable de faire du mal,
mais pouvoir le tolérer quand on en est victime,
garder la paix avec les frères,
chérir le Seigneur de tout son cœur,
aimer en lui le Père, et craindre Dieu,
ne préférer absolument rien au Christ, car lui-même n’a rien préféré à nous ;
s’attacher inébranlablement à son amour ;
se tenir à sa croix avec force et confiance ;
quand il faut lutter pour son nom et son honneur,
montrer de la constance dans notre confession de foi
montrer, sous la torture, cette confiance qui soutient notre combat
et, dans la mort, cette persévérance qui nous obtient la couronne :
c’est cela, vouloir être héritier avec le Christ ;
c’est cela, obéir au précepte de Dieu ;
c’est cela, accomplir la volonté du Père » (saint Cyprien).

 

Que la Vierge Marie et saint Joseph, dont toute la vie fut un « oui » à la volonté de Dieu, nous conduisent avec patience sur ce chemin du consentement total et joyeux, signe d’une confiance sans borne en la bonté de notre Père.

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Famille de Saint Joseph
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