« Le Seigneur a son trône dans les cieux : sa royauté s’étend sur l’univers » (Ps 103,19) :

Dieu règne de manière incontestée dans toute sa création… sauf : dans le cœur de ses enfants de prédilection, les hommes, trop souvent assujettis au « règne du péché » (cf. Rm 6,12). Car notre Père nous a créés libres, c’est-à-dire possédant cette redoutable capacité de résister à sa seigneurie, voire même de la refuser : « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous » (Lc 19,14). C’est bien pourquoi cette seconde demande du Notre Père fait l’objet d’une instante supplication, qui prolonge la première – et lui est pratiquement synonyme : nous demandons que Dieu règne sur nos cœurs, pour que nous puissions sanctifier son nom, c’est-à-dire manifester sa sainteté par toute notre vie.

parole-1405

La traduction « Fais venir ton Règne » souligne davantage que l’initiative ne saurait venir de nous : Dieu seul peut instaurer son Règne ; et il le fait par le ministère de son Christ (son Messie) : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : “Il règne, ton Dieu !” » (Is 52,7). Alors « la terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui : Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! ” » (Ps 21, 28-29).

Ces prophéties associent étroitement la paix, le salut et le règne de Dieu, qui constituent ensemble la « bonne nouvelle », c’est-à-dire l’Evangile, qui « s’accomplit aujourd’hui » (Lc 4,24) pour nous dans la personne de Jésus ressuscité.

« Que ton Règne vienne »

La volonté de Dieu s’est en effet parfaitement accomplie dans la vie, la mort et la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, prémices de l’humanité nouvelle et du monde nouveau, qui coïncide avec le Royaume de Dieu. Au matin de Pâques, « il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (Dn 7,14).

Le Christ en personne est ce règne de Dieu, dont nous désirons chaque jour la venue ; car, « de même qu’il “est la résurrection” (Jn 11,25) puisque nous ressuscitons en lui, on peut comprendre de même qu’il est le règne de Dieu, puisque c’est en lui que nous régnerons. Nous demandons donc que vienne notre règne, celui que Dieu nous a promis, celui que le Christ nous a obtenu par sa Passion et son sang. Ainsi, après avoir été des esclaves en ce monde, nous serons des rois, lorsque le Christ sera souverain, comme lui-même nous le promet lorsqu’il dit : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde” (Mt 25,34) » (saint Cyprien).

« Que ton Règne vienne »

La venue du Royaume de Dieu en son Christ, constitue le but de toute la prédication évangélique. C’est en raison de la proximité de ce Règne, que Jean-Baptiste invitait à la conversion : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3,2). Ce furent également les premières paroles de Jésus à l’aube de sa vie publique (Mt 4,17) ; et lorsqu’il envoie ses apôtres, il leur donne pour mission de « proclamer que le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 10,7). L’instauration du Royaume ((Jésus a vraisemblablement utilisé le terme araméen malkutha (Adonaï) – en grec basileia – lui-même dérivé du substantif mèlech, roi.)) de Dieu son Père est pour Jésus une priorité absolue, comme le laisse entendre ce précepte : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33).

Le terme de « règne » permet sans doute d’éviter de confondre le « royaume » avec un territoire sur lequel Dieu exercerait son empire : il s’agit plutôt du gouvernement lui-même de Dieu sur toutes choses, et en particulier sur nos âmes rebelles. « Bien sûr, nous pouvons parfois désespérer de notre monde et de notre temps, mais la prière de Jésus est une invitation à reconnaître des lieux, des cœurs où le règne de Dieu est déjà présent. Nous avons une Bonne Nouvelle à annoncer : “Le Règne de Dieu est proche, il est déjà au milieu de nous”. Cette prière nous engage aussi à collaborer avec Dieu pour établir davantage de justice, pour faire tout ce qui contribue à la paix, et recevoir la joie » (sainte Thérèse d’Avila). En effet, Jésus nous met en garde : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7,21). Quand nous prions : « Seigneur, que ton règne vienne », nous sous-entendons : « Je m’engage à accueillir ta royauté dans ma famille, dans mes affaires, dans toute ma vie, me conformant – avec l’aide de ta grâce – aux Béatitudes, qui sont la Charte de ton Royaume ».

« Que ton Règne vienne »

Ce Règne de Dieu en Jésus ressuscité, et par lui dans son Corps qui est l’Eglise, ce Règne eschatologique est déjà commencé, et rien ne pourra empêcher qu’il s’étende, « car c’est lui, le Christ, qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis » (1 Co 15,25). Il ne tient qu’à nous d’être les collaborateurs de l’Esprit Saint par qui le Père et le Fils veulent régner en nos cœurs. Saint Paul nous le dit : « Le Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint ». S. Maxime le Confesseur, à la suite de S. Grégoire de Nysse, confirme : « Le Royaume de Dieu le Père, ce Royaume qui existe dans l’essence même, c’est l’Esprit-Saint » (Commentaire sur le Notre Père).

« Que ton règne vienne pour que tu règnes en nous par la grâce et nous introduises dans ton règne où la vision de toi est sans voile, l’amour de toi parfait, la communion à toi bienheureuse, la jouissance de toi sans fin » (saint François d’Assise).

Mais nous ne pouvons pas oublier que l’étendard de ce Règne n’est autre que la Croix. Jésus l’affirme clairement devant Pilate : « Ma royauté n’est pas de ce monde » (Jn 18,36) ; « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (12,32). C’est du Cœur transpercé de l’Agneau que jaillissent les « fleuves d’eau vive » (Jn 7,38) : « il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (7,39). Le Règne de Dieu vient par l’Esprit Saint dans les cœurs qui reconnaissent leur Seigneur dans le Crucifié.

« Que ton Règne vienne sur la terre comme au Ciel »

Le Règne de Dieu est déjà une réalité dans le Ciel, pour les Saints. L’Esprit Saint habite en eux, les meut, les inspire, les conduit. Par la douce action du Paraclet, ils sont intimement unis à leur Roi et règnent avec Lui et en Lui : « Pour notre Dieu, tu [l’Agneau] en as fait un royaume et des prêtres : ils régneront sur la terre » (Ap 5,10), car leur volonté ne fait qu’un avec celle de leur Roi : Dieu veut ce que veulent les Saints, car ils veulent ce que Dieu veut : « Ce jour-là, le Seigneur de l’univers deviendra une couronne prestigieuse, un diadème de splendeur, pour le reste de son peuple » (Is 28,5). C’est précisément par et dans l’Esprit d’amour que se réalise cette communion de volonté qui nous élève de l’image à la ressemblance avec le Fils unique Jésus-Christ.

« Nous ne prions pas pour modifier les dispositions de la Providence divine, précise saint Thomas d’Aquin, mais pour obtenir ce que Dieu a disposé devoir être accompli par les prières des saints » (ST IIa IIae, q. 83, a. 2), c’est-à-dire précisément la pleine manifestation de sa seigneurie et de son règne dans son Eglise et dans le cœur de tous les hommes.

« Que ton Règne vienne »

…et « souviens-toi de moi, Jésus, quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42) ; « règne sans limite et sans fin : règne de paix et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice et d’amour » (Préface de la fête du Christ-Roi).

CatégorieParole pour Vivre
Famille de Saint Joseph
Top ?
Suivez nous :