Nous méditerons cette Parole en vue de l’accueil du don que Dieu s’apprête à nous faire au jour de Pentecôte : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous » (Ac 1, 8), afin de vous « introduire dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13) ». La mission de l’Esprit est clairement affirmée : il est chargé de nous donner accès à la plénitude de la connaissance (epignosis). Et pourtant saint Paul affirme avec insistance que le premier fruit de l’Esprit est « l’amour » (Ga 5, 22). L’apôtre contredirait-il la promesse du Christ ?

Parole pour Vivre

Le verset que nous nous proposons de ruminer durant ce mois, devrait précisément nous aider à conjuguer l’accueil de « la vérité tout entière », et l’entrée dans la voie de l’amour – toujours dans la perspective d’une vie communautaire selon l’Évangile.

Pour grandir tous ensemble dans le Christ-Tête (suite du même verset 15) et « construire le corps dans l’harmonie et la cohésion » (Ep 4, 16), saint Paul nous invite à ne plus nous comporter « comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d’idées, au gré des hommes, eux qui emploient leur astuce à nous entraîner dans l’erreur » (Ep 4, 14), mais tout au contraire à « vivre dans la vérité de l’amour », car ce n’est qu’ainsi que « le Corps se construit » (Ep 4, 16).

L’expression peu usuelle : « vivre dans la vérité de l’amour », suggère qu’il y a une exigence de vérité intrinsèque à la charité. Or le vrai est l’objet formel de l’intelligence, comme le bien est celui de la volonté. L’Église du Christ n’est donc pas édifiée sur des élans spontanés d’affection, toujours éphémères, mais sur un amour de volonté finalisé par l’intelligence de la Révélation, et fortifié par la grâce.

L’illustration la plus claire de cette articulation se trouve dans le quatrième Évangile : le commandement d’amour – « Aimez-vous les uns les autres » – est normé par la vérité de  l’attitude de Jésus : « Comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12), c’est-à-dire « en donnant sa vie pour ses amis » (15, 13). La finalité est de grandir dans l’amour, en « marchant dans la vérité selon le commandement que nous avons reçu du Père » (2 Jn 1, 4-5), c’est-à-dire en consentant aux exigences de la charité : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout » (1 Co 13, 4-7). Telle est « la vérité de l’amour », ou encore l’« intellectus amoris » (l’intelligence de l’amour) auquel doit nous conduire l’« intellectus fidei » – l’intelligence de la foi bien comprise.

« Il est urgent que le monde redécouvre que le christianisme est la religion de l’amour » (Jean-Paul II), mais de l’amour vrai, l’amour qui obéit à la Parole de vérité : la Croix du Christ, où resplendit et d’où jaillit l’amour de charité. Il nous faut en effet « naître de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3, 5) pour pouvoir aimer « en Esprit et vérité » (Jn 4, 24) ; car « ce qui est né de la chair n’est que chair ; seul ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn 3, 6). « Vivre dans la vérité de l’amour » est donc une autre expression pour dire « vivre dans l’Esprit » en consentant à ses exigences, qui sont celles de l’Évangile.

« En vivant dans la vérité de l’amour,
nous grandirons dans le Christ
pour nous élever en tout jusqu’à lui
» (Ep 4, 15)

Nous venons d’insister sur le primat de la charité, tout en soulignant que celui-ci ne peut être honoré qu’à la lumière de la vérité. Bien plus : introduire à la vérité de l’Évangile du Christ, est l’œuvre de charité la plus éminente et la plus urgente, car tout homme a le droit de connaître le chemin qui le conduit à la vérité de sa condition humaine et à la découverte de sa destinée de gloire.

Sous aucun prétexte nous n’avons le droit de nous taire lorsqu’il s’agit d’annoncer l’accomplissement de l’espérance religieuse de l’humanité en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Manquer à ce devoir, serait manquer non seulement à la justice (rendre à chacun ce qui lui est dû), mais surtout à l’amour, qui consiste à chercher et vouloir le bien de son prochain.

Nous taire, dans un esprit de « tolérance », lorsque des notions telles que le péché, la nécessité de la rédemption pour le salut, l’universalité de l’œuvre rédemptrice du Christ, unique Seigneur et Sauveur de tous les hommes, etc. sont en jeu, n’est plus de l’ordre du compromis mais de la compromission coupable, et somme toute de la trahison : « Je ne connais pas l’homme dont vous parlez ! » (Mc 14, 71). Mon interlocuteur qui croyait s’adresser à un chrétien, ne trouve en moi qu’un homme comme lui, sans conviction, qui n’a à lui proposer qu’une opinion aseptisée, qui ne suscite pas de mouvement salutaire de conversion.

Il nous faut avoir le courage de « faire aux hommes la charité d’être vrai, à la manière dont le Verbe incarné manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous « plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14) » (P. Guérard des Lauriers, op). Ce qui suppose que nous demeurions nous-mêmes dans une attitude d’humble écoute de la Parole de vérité : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 10) ; que nous soyons des mendiants de cette Lumière qui nous permet de « ne pas marcher dans les ténèbres, mais d’avoir la lumière de la vie » (Jn 8, 12), et de témoigner de la Bonne Nouvelle du salut, non seulement par la parole, mais également par un comportement en rupture avec l’esprit du monde. « Que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16).

« En vivant dans la vérité de l’amour,
nous grandirons dans le Christ
pour nous élever en tout jusqu’à lui
» (Ep 4, 15)

« Esprit Saint, Toi qui jaillis du Cœur transpercé de Jésus crucifié, introduis-nous dans la vérité tout entière de « la Parole de la Croix » » (1 Co 1, 18) sur laquelle le Christ nous révèle « la folie de l’amour de Dieu » (1 Co 1, 25) pour nous. Donne-nous de « croire à la lumière, afin de devenir des fils de lumière » (Jn 12, 36). Brûle-nous au Feu de ta charité divine, afin que nous puissions aimer « en Esprit et vérité », comme il convient à des témoins de l’Évangile de liberté.

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Famille de Saint Joseph
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