Ce verset complète le travail entamé le mois passé : non seulement l’Apôtre nous invite à bannir toute « parole mauvaise » (Ep 4, 29), mais il nous demande d’acquérir également le contrôle des sentiments et émotions qui les accompagnent ou qui les suscitent.

Parole pour Vivre

Comme souvent dans une énumération, le premier terme donne le ton, les suivants ne faisant qu’expliciter ce qu’il énonce. Regardons donc de plus près ce qu’est l’amertume, que nous connaissons déjà par le goût : elle nous fait grimacer !

Au sens figuré, l’amertume désigne un ressentiment causé par la déception. L’amertume est un mélange de colère et de tristesse suscité par des humiliations injustement infligées, que les responsables de la situation auraient pu éviter de nous imposer. Le goût amer du souvenir douloureux trahit que nous sommes prisonniers de ce sentiment qui finit par nous empoisonner la vie. D’autant plus que l’amertume est toujours pigmentée de rancune – qui est une forme de colère persistante, précisément parce qu’elle n’a pas connu d’aboutissement.

« Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume,
emportement, colère, éclats de voix ou insultes,
ainsi que toute espèce de méchanceté. » (Ep 4, 31)

Il est en effet indispensable d’évacuer au plus vite toute forme d’amertume au sein de nos communautés (de quelque nature qu’elles soient), car l’amertume mine sournoisement la vie relationnelle. Comme elle suscite la rumination, qui fait appel à l’imagination, les causes de l’amertume seront bientôt exagérément amplifiées, jusqu’à devenir de véritables scandales, là où au départ, il n’y avait peut-être qu’une maladresse. Nourrie et amplifiée par ces ressassements secrets, l’amertume finit toujours par se manifester au grand jour et à éclater sous forme d’ « emportement, colère, éclats de voix, insultes » ou de « toute espèce de méchanceté ».

Il n’y a pas trente-six moyens pour guérir l’abcès de l’amertume : saint Paul nous révèle la thérapie dans les versets précédents et suivants : « En vue du jour de votre délivrance, vous avez reçu en vous la marque du Saint Esprit de Dieu : ne le contristez pas » (Ep 4, 30). Nous sommes nés à la vie divine de l’eau et de l’Esprit le jour de notre baptême, et nous poursuivons notre cheminement de croissance en nous nourrissant d’Eucharistie. Mais nous sommes encore de petits enfants dans le Seigneur, comme le prouve notre difficulté à gérer nos passions. Lorsque celles-ci nous dominent et nous entraînent au péché, nous contristons l’Esprit, qui veille sur nous comme une Mère attentive.

Aussi pour empêcher que l’amertume plante ses racines dans nos cœurs, saint Paul nous invite-t-il à être « entre nous pleins de générosité et de tendresse » : « pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (Ep 4, 32). La générosité et la tendresse sont des sentiments qu’en raison de sa fragilité, l’enfant éveille spontanément en nous. Nous nous mettons naturellement à son service avec générosité et nous l’entourons de tendresse, même  lorsque son comportement mérite une correction. L’Apôtre nous demande donc de nous considérer les uns les autres comme des nouveau-nés dans la vie spirituelle, et d’avoir réciproquement compassion de notre faiblesse. Que chacun se mette dès lors généreusement au service de son frère comme il le ferait pour un enfant fragile ; et qu’il couvre du manteau de sa tendresse, le tort que celui-ci a pu lui fait subir. Concrètement, cette bienveillance est appelée à se manifester dans le pardon, en qui s’épanouit la générosité et la tendresse de la charité. En agissant ainsi, nous imiterons le comportement de Dieu notre Père à notre égard, comme il convient à ses fils et à ses filles bien-aimés.

« Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume,
emportement, colère, éclats de voix ou insultes,
ainsi que toute espèce de méchanceté. » (Ep 4, 31)

Toutes ces formes de « méchanceté » énumérées par saint Paul, procèdent d’un cœur insatisfait, inquiet, qui attaque pour mieux se défendre. En nous mettant généreusement au service de la personne qui nourrit de tels sentiments, et en lui manifestant de la tendresse, nous répondons à son désir secret : nous lui offrons la reconnaissance dont elle se sent injustement lésée, et par le fait même, nous lui permettons de renoncer à ces comportements morbides et de reprendre sa place au sein de la communauté. N’est-ce pas ce que le Seigneur fait avec nous, lorsqu’il nous ouvre les bras avec tendresse et générosité, malgré tous nos manquements ? C’est à ce même comportement qu’il nous invite entre nous, afin de « ne pas nous laisser vaincre par le mal, mais d’être vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21) – verset que Jean-Paul II avait choisi comme thème de la Journée mondiale de la paix 2005. Le Saint-Père soulignait l’importance ecclésiale du témoignage donné par une communauté unie et fraternelle : « Toute l’Église compte beaucoup sur le témoignage de communautés riches “de joie et de l’Esprit Saint” (Ac 13, 52), dans lesquelles l’attention mutuelle aide à dépasser la solitude, la communication pousse chacun à se sentir coresponsable, et où le pardon cicatrise les blessures et renforce l’engagement de tous à la communion. Afin de présenter à l’humanité d’aujourd’hui son vrai visage, l’Église a réellement besoin de telles communautés fraternelles qui, par leur existence même, représentent une contribution à la nouvelle évangélisation, parce qu’elles montrent de façon concrète les fruits du “commandement nouveau” » (Vita consacrata n° 45).

En ce temps de carême, et donc de conversion, puissions-nous être attentifs à ne pas contrister l’Esprit ; consentons tout au contraire à collaborer généreusement avec lui à l’édification de communautés (familiale, religieuse, paroissiale) où le pardon a eu raison de toute racine d’ « amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que de toute espèce de méchanceté ».

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Famille de Saint Joseph
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