La finalité de toute communauté rassemblée au nom de Jésus-Christ – qu’elle soit familiale, religieuse, paroissiale – est de devenir un Temple vivant, consacré à la glorification du Père – « Ad majorem Dei gloriam » (saint Ignace de Loyola) – et au rassemblement dans l’unité de  ses enfants dispersés : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).
Le livre des Actes nous apprend que ces deux finalités (qui n’en font qu’une) ne peuvent être atteintes que dans la mesure où règne entre les membres de la communauté, la koinonia (communion fraternelle ; cf. Ac 2, 42). Or si celle-ci est par excellence le don de l’Esprit qui nous unit dans la charité, nous avons cependant à collaborer avec « persévérance et courage » avec l’action divine, en mettant tout notre effort à « être d’accord entre nous ».

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L’ajout : « selon l’esprit de Jésus-Christ », précise que l’Apôtre ne parle pas d’une entente simplement humaine, telle que nous pouvons la réaliser lorsque chacun « met de l’eau dans son vin » pour arriver à un consensus acceptable par tous ; l’accord dont il est question procède de la soumission volontaire de tous les membres de la communauté à la Parole de Jésus, « chemin, vérité et vie » (Jn 14, 6). Au verset précédent, saint Paul écrivait en effet : « Tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture » (Rm 15, 4). On comprend mieux dès lors l’expression inhabituelle « le Dieu de la persévérance et du courage » : l’Apôtre désigne ainsi l’Esprit qui inspire les Écritures, et donne à ceux qui s’en instruisent, les vertus de « persévérance et de courage » dont ils ont besoin pour les mettre en pratique.

« Que le Dieu de la persévérance et du courage
vous donne d’être d’accord entre vous
selon l’esprit du Christ Jésus. »

Les termes grecs pour persévérance et courage sont : « hupomone » et « paraklesis ». Le premier terme « hupomone » signifie patience ou persévérance, mais aussi fermeté, constance et résistance. Ce sont les qualités d’une personne qui ne s’écarte jamais du but fixé par la foi, mais qui demeure fidèle malgré les épreuves et les souffrances.

Dans un autre passage de la même lettre aux Romains, saint Paul fait l’éloge de cette vertu : « la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 4-5). C’est en persévérant sans nous décourager, dans une recherche patiente d’un accord entre nous fondé sur la Parole de Jésus, que notre cœur s’ouvre à l’espérance, et se dispose à l’accueil de la charité.

La bonne nouvelle, c’est que ces vertus ne dépendent pas de nos mérites ou de nos propres efforts, mais seulement de notre fidélité à méditer la Parole de Dieu, puisque c’est elle qui nous affermit dans les vertus de « persévérance » et de « courage » (Rm 15, 4). La Traduction œcuménique (TOB) ainsi que la Bible de Jérusalem ont préféré traduire ce dernier terme par « consolation ». Le mot grec est « paraklesis », qui signifie consolation, encouragement, exhortation, réconfort, soulagement et rafraîchissement ; il suggère le rapprochement avec Parakletos, l’Esprit consolateur (Jn 14, 16.26 ; 15, 26 ; 16, 7 ; 1 Jn 2, 1). L’Esprit de vérité (Jn 15, 26) nous introduit dans la vérité tout entière de la Parole qui est le Christ (Jn 16, 13), en nous initiant à la charité, qui se manifeste dans la koinonia fraternelle.

« Que le Dieu de la persévérance et du courage
vous donne d’être d’accord entre vous
selon l’esprit du Christ Jésus. »

Est-ce possible ? Oui, répond saint Paul, à condition que nous soyons tous immergés dans la Parole de Dieu de manière à être en communion permanente avec son Auteur, afin qu’Il nous comble de patience, de persévérance, de consolation et de courage.

Non seulement l’Esprit Saint sera l’artisan de notre unité en nous faisant grandir dans la foi, l’espérance et la charité, mais il glorifiera le Père dans nos cœurs mis au diapason de son chant d’amour : « ainsi, d’un même cœur, d’une même voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ » (Rm 15, 6 – verset qui suit celui que nous méditons). Nous atteindrons alors la finalité de toute communauté chrétienne, qui, comme nous le disions en début de méditation, est convoquée par la Parole et l’Esprit Saint pour glorifier le « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a comblés de sa bénédiction spirituelle, et nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils, à la louange de sa gloire » (Ep 1, 3-6). Une communauté chrétienne en effet, n’existe pas pour elle-même, mais pour révéler la gloire de Dieu qui resplendit sur le visage de son Christ, et se reflète sur celui de son Épouse, l’Église : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16).

Nous accueillir les uns les autres, œuvrer à la paix et à la communion entre nous au nom du Christ et de l’Évangile, voilà une priorité dans le témoignage que toute communauté chrétienne est appelée à rendre dans l’Esprit.

« Que le Dieu de la persévérance et du courage
vous donne d’être d’accord entre vous
selon l’esprit du Christ Jésus. »

On insiste beaucoup de nos jours sur le dialogue entre les conjoints ou entre les frères et sœurs, comme condition de la communion au sein de nos communautés familiales ou religieuses, et certes, il est important. Mais le verset que nous méditons nous apprend qu’il est second : la priorité revient au dialogue de chaque personne avec le Père, présent dans sa Parole (le Christ) inspirée (l’Esprit Saint). C’est en elle – et bien sûr dans l’Eucharistie, qui « incarne » pour nous cette Parole – que nous pourrons puiser « la persévérance et le courage » nécessaires pour chercher et trouver « l’accord entre nous selon l’esprit du Christ Jésus », c’est-à-dire la koinonia dans l’Esprit. Seule la conversion de l’intelligence à la Parole de Dieu peut conduire à la conversion de la volonté à la charité.

Quelques questions en vue d’un examen de conscience : Suis-je vraiment un « auditeur » assidu de la Parole ? Est-elle pour moi révélation du Visage de Dieu et source d’inspiration de mon agir ? Mon dialogue avec mon épouse, mon époux, mes enfants, mes frères et sœurs de communauté, etc. procède-t-il d’un dialogue avec la Parole où j’ai puisé « persévérance et courage » ?

Que ces deux dernières paroles nous incitent à entrer résolument dans la lectio divina :

[box]« Ainsi parle le Seigneur, ton Rédempteur, le Dieu Saint d’Israël : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui te donne un enseignement salutaire, qui te guide sur le chemin où tu marches. Si tu avais été attentif à mes commandements, ta paix serait comme un fleuve, ta justice comme les flots de la mer. Ton nom ne serait ni retranché ni effacé devant moi » (Is 48, 17-19).

« Heureux est l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! » (Ps 1, 1-2).[/box]

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Famille de Saint Joseph
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