Évangéliser en racontant

Nos contemporains ne sont plus guère sensibles aux raisonnements ; ils n’évaluent pas une doctrine à sa cohérence ou à sa vérité, mais à l’expérience subjective qu’elle peut éventuellement leur procurer. Expliquer le Credo, même à une personne de bonne volonté en recherche spirituelle, risque d’être une entreprise fastidieuse et stérile. Au mieux notre interlocuteur nous répondra-t-il : « C’est votre vérité, je la respecte, mais ce n’est pas la mienne ». Tous nos beaux arguments rationnels échouent contre le barrage (de protection) relativiste : « à chacun sa vérité ». Il ne semble décidément pas que l’approche conceptuelle soit la plus adaptée de nos jours pour annoncer la foi.

D’ailleurs avant d’expliciter son contenu, n’est-ce pas d’abord de l’acte de croire qu’il faut rendre compte ? Or cet acte est avant tout – comme l’affirme à temps et à contretemps Benoît XVI – adhésion à la personne de Jésus-Christ, reconnu comme Seigneur et Sauveur. Il est clair que le langage rationnel n’est pas le plus adapté pour communiquer une telle expérience !

Certes il faudra tôt ou tard parvenir à conceptualiser le contenu de cet acte de foi, afin qu’il puisse structurer notre pensée et notre manière d’agir ; mais cela ne pourra se faire que dans un second temps, lorsque la rencontre avec le Christ aura conduit à une véritable conversion et une mise en route à sa suite sur le chemin de la vie dans l’Esprit.

raconter Évangéliser en racontant

Dès lors la meilleure manière de parler de notre foi, n’est-elle pas de « raconter Jésus », puisqu’il en est l’origine ? Ou mieux : de raconter l’histoire de notre rencontre avec lui ; et à partir de là : l’histoire de sa venue parmi les hommes.

L’art de notre récit sera de prolonger celui de l’Évangile sans le trahir, et en y ramenant toujours notre interlocuteur. Somme toutes, il s’agit d’adopter le style qu’affectionnait tout particulièrement Jésus lui-même : n’annonçait-il pas le Royaume en paraboles ? La parabole est un récit qui ne prétend pas tout dire, mais qui nous invite à pousser la porte entrebâillée derrière laquelle s’ouvre un chemin ; jamais moralisatrice, elle laisse l’auditeur tirer lui-même ses conclusions ; elle parle des réalités de ce monde, mais y révèle la présence inattendue du Royaume de Dieu, et invite à oser accéder à cette réalité mystérieuse, moyennant une démarche que l’on désigne du nom de « conversion ».

Il semble bien que le discours narratif, imagé et sollicitant l’imagination, corresponde davantage à la mentalité contemporaine que l’argumentation rationnelle.

« Raconter Jésus » dans un langage adapté à l’âge, à la culture, à la maturité spirituelle, de notre interlocuteur, est accessible à tout chrétien, et peut être pour lui une bonne vérification de sa propre relation avec le Christ. De plus, le récit sous forme de témoignage ne peut être taxé de prosélytisme ou d’intolérance : nous ne faisons que partager un vécu, une expérience qui a transformé notre vie, dans le plein respect de celui qui nous écoute, et qui fera sa propre interprétation de ce que nous lui avons partagé. L’important est de faire cheminer notre interlocuteur d’une première réaction spontanée de rejet de la proposition chrétienne, à la curiosité, puis à l’intérêt, et enfin à la découverte du Christ.

Nous pouvons commencer par exercer notre talent narratif avec nos enfants, avant de témoigner devant des amis en quête spirituelle, en attendant de nous risquer en eaux profondes, et de nous adresser à l’inconnu assis en face de nous dans un compartiment de train. « Ne soyez point en pour savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez ; mais c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 19-20).

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5 réponses à “Évangéliser en racontant”

  1. LOTH Michele 21 janvier 2013 à 13 h 14 min #

    Bonjour Père Joseph-Marie,
    C’est exactement ce que je ressens : raconter ce « Jésus de Nazareth » qui vient frapper à la porte…celui qui ouvre n’aura plus la même vie, car la Lumière est venue habiter sa terre.
    Il est Vivant…
    Amicalement
    Michele

  2. Frederic G 22 janvier 2013 à 15 h 08 min #

    Toute la différence entre le New age ou l’on cherche à disparaître dans une perception identitaire globalisé et notre relation avec le Christ qui un jour a pas pris cette coupe d’iniquités que personne ne pouvait prendre et qui nous cherche en murmurait..  » tu es pardonné, si tu ouvrés la porte ». Notre Dieu est un Dieu de relation (Psaumes 32:8
    Je te rendrai avisé, je t’enseignerai le chemin dans lequel tu dois marcher, et je te guiderai de mon oeil.). Ne nous sommes plus seul face aux défis de ce monde. Témoignons, sans timidité !
    Merci Père pour ce partage.
    (ps: vivement le 3eme volet de votre conférence après le Gender et l’ideologie verte… Espérons vous revoir à Montpellier !!!!!!!!!!! :) )) )
    Fraternellement

    Frédéric G

  3. Philippe N 30 janvier 2013 à 14 h 06 min #

    Bonjour Père Verlinde,
    Je ne suis pas vraiment d’accord:
    1- la foi est une expérience subjective, ce n’est pas une expérience de la raison, et elle n’est pas universelle (tout le monde ne fait pas cette expérience, tout le monde ne croit pas)
    2- la « religion de la raison » (cf culte de 1793 + science et philosophie) est ce qui a fait le plus de tort à la foi catholique, en France et en Europe depuis deux siècles. Preuve que par le raisonnement, les hommes sont rarement arrivés à la foi…

    cordialement,

    • Père Joseph-Marie 30 janvier 2013 à 15 h 26 min #

      La foi sans la raison se dégrade en fanatisme ; la raison sans la foi demeure aveugle quant aux choses essentielles (Benoît XVI). La raison peut certes se hisser jusqu’à l’affirmation de l’existence de Dieu, mais elle a besoin de la confirmation de la Révélation, accueillie dans la foi, pour acquérir la certitude (Vatican I, Dei Filius).
      Ce n’est que sur les deux ailes de la raison et de la foi, que nous pouvons nous élever jusqu’à la vérité (Jean-Paul II, préface à Fides et Ratio).

      Je suppose que la religion de la raison à laquelle vous faites allusion est le théisme ou le déisme ? Auquel cas bien sûr elle ne conduit pas au salut, car elle n’est pas fondée sur la Révélation de Dieu en Jésus-Christ, Sauveur et Seigneur universel. Mais ce n’est pas le sujet de notre article.

      La foi est certes une expérience subjective ; Pascal le disait très bien : « La foi est Dieu sensible au coeur ». Mais cela ne signifie pas qu’elle ne soit pas raisonnable : « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Il s’agit des « raisons du coeur » ; mais ce sont encore des raisons.

  4. laurence 28 février 2013 à 11 h 48 min #

    bonjour,
    oui la foi se transmets en racontant son expérience de Dieu! Sans oublier que lorsque je parle de Jésus, il ets là, au milieu de nous. J’ai retrouvée la foi grâce à un S.D.F qui lisait la bible. Il vivait dehors masi il était bien plus joyeux que moi qui avais un toît et me morfondais à casue du divorce de mes parents! Cela a été u déclic pour que je lise les évangiles… waow! quel Amour! Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Cet homme, ce Jésus est formidable! j’ai envie de le connaître… Vous savez Jéssu n’est jamais loin de nous, il est à la porte de notre coeur et il frappe… mais c’est à nous d’ouvrir pour le laisser entrer. criyez-moi il et plein d’Amour pour nous. Que l’Amour de Dieu remplisse notre monde. et surtout confiance: Jésus est avec nous pour toujours!