« Les uns les autres » est une expression qui est associée à plusieurs exhortations concernant la communauté des disciples de Jésus-Christ : rien que dans les chapitres 12 à 15 de l’épître aux Romains, on la retrouve pas moins d’une dizaine de fois ! Être chrétien est certes un choix personnel, mais qui implique un engagement communautaire.

 

L’impératif utilisé par l’apôtre Paul ne laisse aucun doute : notre foi nous « oblige » à nous tourner vers les autres. L’attitude d’accueil mutuel est le signe de notre appartenance commune au Christ, qui nous a accueillis le premier « pour la gloire de Dieu ». Rien à voir avec le discours consensuel sur « la nécessité d’accepter la différence », et sur « la richesse de la diversité » : c’est comme bénéficiaires d’une grâce, et pour glorifier Celui qui en est la Source, que nous sommes exhortés à nous accueillir les uns les autres.

Or le Christ nous a accueillis comme ses frères, alors que nous étions « païens », c’est-à-dire alors que nous étions encore ses ennemis (Rm 5,10), nous qui l’avons crucifié par notre péché. Et non seulement il a fait de nous ses amis (Jn 15,15), mais il nous a communiqué sa propre vie dans l’Esprit, pour que nous « devenions participants de la nature divine » (2 P 1,4), fils adoptifs de son Père et notre Père, de son Dieu et notre Dieu (cf. Jn 20,17). Tel est le sens de l’accueil que le père de la parabole réserve à son cadet : « Apportez la plus belle robe et l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt, des souliers aux pieds, amenez le veau gras, mangeons, réjouissons-nous car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé » (Lc 15, 22-24). Nous sommes tous accueillis ainsi par le Père – si du moins nous avons mis notre foi en son Fils Jésus-Christ – et nous sommes invités à faire de même entre nous, au nom de notre commune appartenance à la « famille de Dieu » (Ep 2,19). L’Église est une communauté de croyants qui s’accueillent les uns les autres, parce qu’ils ont été accueillis par le Christ et comme ils ont été accueillis par le Christ pour la gloire de Dieu.

« Accueillez-vous donc les uns les autres
comme le Christ vous a accueillis
pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens. »

Lorsque l’Evangile nous rappelle l’importance de l’accueil, c’est avant tout aux « forts » qu’il s’adresse, afin qu’ils se souviennent de l’accueil qu’ils ont à réserver aux « plus faibles » (Rm 15,1). Or quand sommes-nous en situation de fragilité, de faiblesse ?
Lorsque nous traversons une épreuve – affective, familiale, professionnelle ; lorsque nous sommes atteints par la maladie, ou qu’elle affecte un proche ; lorsque les événements réveillent d’anciennes blessures, séquelles d’un passé douloureux ; lorsque nos raisons d’espérer sont ébranlées ; ou tout simplement lorsque nous devons faire face à des situations nouvelles, affronter des visages inconnus – par exemple lorsque nous venons pour la première fois en fraternité.
Voilà donc les frères et sœurs qui ont besoin particulièrement d’être accueillis. Sans oublier la ou les personnes qui ne nous sont pas vraiment sympathiques, et que nous évitons de rencontrer. C’est en pensant à ces frères et sœurs-là que nous devons entendre Jésus nous dire : « Accueillez-vous les uns les autres comme je vous ai accueillis. Si vous accueillez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? »Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 46-48).

« Accueillez-vous donc les uns les autres
comme le Christ vous a accueillis
pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens. »

L’exhortation est réciproque : « accueillez-vous les uns les autres » ; mais il serait mesquin de prendre prétexte de cette exigence de réciprocité pour attendre que l’autre prenne l’initiative de faire la démarche. Hâtons-nous au contraire de poser les premiers pas : Jésus n’a pas attendu que je revienne à lui – comment aurais-je pu le faire ? – pour m’accueillir et me proposer la réconciliation. Saint Paul le sait bien, lui qui fut persécuteur du Christ avant de bénéficier gratuitement de sa miséricorde (1 Co 15,9).

« Comme le Christ nous a accueillis » implique donc un accueil qui ne soit pas conditionné par les torts éventuels de l’autre, mais où la miséricorde garde l’initiative. N’est-ce pas précisément ainsi, en intégrant le pardon dans notre accueil réciproque, au nom de la miséricorde dont nous sommes les premiers bénéficiaires en Jésus-Christ, que nous rendons gloire à Dieu comme il convient ?

L’ajout : « vous qui étiez païens », renvoie précisément vers le temps qui précédait notre rencontre avec le Christ et notre conversion, lorsque notre justice ne dépassait pas celle des pharisiens (cf. Mt 5,20), et que nous n’accueillions que ceux qui nous le rendaient avantageusement…
Il y a bien sûr une pointe d’ironie dans cette dernière phrase : je ne suis pas sûr que notre conversion soit suffisamment consolidée pour que nous ayons totalement abandonné ce comportement de l’homme ancien ?

Raison de plus pour faire porter notre examen de conscience sur ce point : notre accueil est-il vraiment inconditionnel au nom de la miséricorde triomphante ?
Et s’il ne l’est pas toujours, n’est-ce pas une invitation pressante à invoquer sur nous l’Esprit de charité, qui rend possible ce qui à l’homme est impossible (cf. Lc 18,27) : « L’amour n’entretient pas de rancune ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout » (1 Co 13, 5-7).

Famille de Saint Joseph
Top
Suivez nous :