Tout est allé très vite ; trop vite. En quelques années, notre horizon existentiel a totalement changé ; les repères culturels qui ont permis à des générations de se construire dans la continuité avec les générations antérieures, transmettant le flambeau des valeurs qui donnaient sens à la vie et aux efforts de nos parents, ces repères ont été déconsidérés en quelques années.
L’hyper-modernité est experte en déconstruction ; c’est même son activité principale, et elle s’en vante ; mais elle ne propose aucune alternative, aucun idéal à poursuivre, aucune raison de vivre.
L’édifice chrétien a résisté vaille que vaille, en particulier grâce à l’extraordinaire impulsion du plus grand prophète de notre temps, Jean-Paul II, qui a su galvaniser les croyants en rappelant à temps et à contretemps la cohérence anthropologique de la doctrine chrétienne en matière de morale sexuelle et familiale.
Mais au yeux du monde, tous ces efforts sont vains et voués par avance à l’échec : pour Mme Danièle Hervieu-Léger, sociologue fort écoutée dirigeant le Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux à l’Ecole des hautes études en sciences sociales,
« Le séisme qui met à mal de la façon la plus décisive la culture catholique en France, a son épicentre dans les transformations radicales et irréversibles de la famille auxquelles nous assistons depuis trente ans. De toutes les “révolutions” qui ont marqué le dernier tiers du XXème s., la “révolution familiale” est incontestablement la plus profonde et la plus décisive, car elle engage tous les aspects de l’expérience individuelle et collective la plus quotidienne. Cette révolution emporte avec elle un monde culturel, social et symbolique dans lequel les structures de plausibilité du discours de l’Eglise demeuraient relativement préservées, par-delà la perte de son pouvoir social et même par-delà la réduction de son influence directe sur les consciences . » ((D. Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d’un monde, Bayard, Paris, 2003, pp. 185-187.))
Selon notre auteur, l’Eglise s’épuiserait en vain dans un combat d’arrière-garde perdu d’avance, car la révolution de la famille à laquelle nous assistons de nos jours, entraînerait une transformation irréversible des mentalités et des pratiques, s’inscrivant même dans une mutation du droit.
Chaque nouveau document du Magistère, ne ferait que creuser la distance entre le discours de l’Eglise sur le couple, la famille et inséparablement la sexualité, et les évidences unanimement partagées au sein de la société en cette matière.
Nous ne nions pas le déphasage qui s’est instauré ces dernières années entre l’Eglise et la société séculière ; nous pensons même que l’écart risque de se creuser davantage encore au cours des décennies à venir. Mais en quoi cela devrait-il nous étonner ? Depuis quand l’Eglise devrait-elle s’ajuster à l’esprit du monde, afin d’éviter de perdre sa crédibilité, voire sa « clientèle » ?
« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent » (Mt 5, 13).
L’avertissement du Seigneur est à prendre au sérieux. Il dénonce indirectement la ruse du monde, qui tente par tous les moyens de nous culpabiliser d’être à la traîne et de ne pas savoir évoluer avec notre temps, dans l’espoir de nous faire entrer dans son idéologie séculière.
En ces temps difficiles, il nous faut tout au contraire nous souvenir de l’appel prophétique qui repose sur nous, et persévérer dans notre belle mission :
« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5, 14-15).

LA REVOLUTION FAMILIALE ME SEMBLE DEVOIR REPRENDRE REFUGE ET FORCE DE VIE DANS LES ECRITURES, DANS LA LOI DU SEIGNEUR.
SI NOUS NE TRANSMETTONS RIEN DE CELA A NOS ENFANTS, ILS SERONT PRESQUE OBLIGES DE CHERCHER HORS DE LA PAROLE DES SUCCEDANES FADASSES ET SANS AUCUNE VALEUR NUTRITIVES.
LA LOI DU SEIGNEUR DONNE SA PLACE ET SON IDENTITE A CHAQUE INDIVIDU, A CHAQUE ENFANT DE DIEU, MAIS LE DROIT DE LA SOCIETE CIVILE NE REGLE PAS SEULEMENT LE FONCTIONNEMENT DE LA SOCIETE, IL LEGITIME LES REVENDICATIONS INDIVIDUALISTES. COMMENT CONSTRUIRE UNE SOCIETE EPANOUIE AVEC CETTE DICHOTOMIE ? CETTE REFLEXION A ETE DISCUTEE,APPROFONDIE PAR DES RABBINS QUE J’ECOUTAIS RECEMMENT ET JE L’AI TROUVEE EXTREMEMENT ECLAIRANTE.
GLOIRE A NOTRE SEIGNEUR.
SABINE
Peut-être en effet pourrions-nous mieux comprendre ce processus de nivellement des valeurs chrétiennes, qui nous apparaît de plus en plus irréversible, si nous nous replongions dans les Ecritures. Les paroles apocalyptiques de Christ ainsi que le livre de saint Jean, sur lequel se referment les Evangiles (et avec eux la Bible) doivent être capables de nous affermir dans le témoignage en y voyant un peu plus clair. Car cet épanouissement d’une culture chrétienne en Occident sur de nombreux siècles puis son rapide dépérissement est assez décourageant. A côté de l’Eglise, la société sécularisée et les médias, qui avouent crûment leur ambition de se substituer au magistère.
Le Christ nous a prévenu. Dans les derniers temps, a-t-il dit, ‘’l’amour du grand nombre se refroidira’’. Cependant, selon René Girard, la crise actuelle est à rattacher aux Evangiles mêmes, qui agissent sur les hommes modernes alors même que ceux-ci croient les rejeter. Pour citer Gardeil, « Jésus-Christ renverse les idoles, filles du sacrifice ; par sa seule et parfaite sainteté, il disperse la superbe des constructions cultuelles (donc culturelles, donc sociales) fondées sur l’émission victimaire, et qui constituent, de l’origine jusqu’à Lui, la ruse qui détourne du groupe en le dirigeant sur un seul –mimesis de l’antagoniste –la violence née de la mimesis d’appropriation. Minée par la révélation de la Croix (‘’lui n’a rien fait de mal’’), la sacralité s’effrite, les barrières tombent, l’appropriation du monde devient possible ; mais la vertu du stratagème dissipée, l’homme est en proie à la rivalité sans frein ni écran protecteur, -l’angoisse, qui grandit –sauf déconstruction du désir lui-même par conversion de l’envie en amour. La Croix met au jour le péché du sacrifice, les béatitudes dénoncent le péché du désir. (…) » Et René Girard : « L’histoire du christianisme historique consiste, comme toute histoire sacrificielle, en un desserrement graduel des contraintes légales, à mesure que diminue l’efficacité des mécanismes rituels. »
Qu’ils le veuillent ou non, nos libertaires contemporains, qui prônent l’élimination du phoetus pour la liberté de la mère, le meurtre des malades au nom de la dignité (et du confort des familles), l’amour sans amour au nom de l’expérience, le mariage de gens de mêmes sexes pour la tolérance, ne peuvent expliquer leurs actions que par la Passion du Christ. La désacralisation est maintenant largement entamée, les barrières morales et institutionnelles sont renversées allégrement.
Pourtant, René Girard nous a prévenu, l’exacerbation de nos désirs, de moins en moins retenus par les anciens garde-fous, pourrait amener jusqu’à la destruction de l’humanité et de la terre ; cela, la bombe atomique nous le permet : « Nous voilà maintenant libérés. Nous savons que nous sommes entre nous, sans père fouettard céleste pour troubler nos petites affaires. Il faut donc regarder non plus en arrière mais en avant, il faut montrer de quoi l’homme est capable. La parole apocalyptique décisive ne dit guère que la responsabilité absolue de l’homme dans l’histoire : vous voulez que votre demeure vous soit laissée ; eh bien, elle vous est laissée. »
Et l’ancienne sacralité nous est interdite, un retour en arrière est pour toujours fermé. Les tentatives du Nouvel Age en ce sens n’aboutissent qu’à des parodies de religions sacrificielles. Ils les réinterprètent suivant leurs croyances relativistes. Paul Claudel l’avait bien compris : « C’est en vain que toutes les nations, de nouveau réunies, sur les ruines de Babel ont essayé d’édifier Babylone. La Septième coupe est versée sur cet air, sur cette atmosphère même qu’elle respire, elle s’écroule, et la Cité terrestre cède la place à la Cité céleste, qui après avoir monté, elle descend.(…) » (Paul Claudel, Paul Claudel interroge l’Apocalypse). La ‘’Septième coupe’’, Claudel le dit explicitement, c’est le sang du Christ versé pour nous une fois pour toutes sur la Croix, et que nous recevons à chaque messe.
Peu à peu tout se délite, mais nous avons le droit d’espérer que le moment viendra où l’humanité parvenant enfin à une conscience claire de son histoire, reconnaîtra Dieu dans Celui qu’elle a crucifié. Alors nous vivrons enfin pleinement les Béatudes, en convertissant nos désirs en amour, unis en Christ autour de la table eucharistique.
Dans sa conférence, La doctrine sociale de l’église et la civilisation de l’amour (http://www.france-catholique.fr/radio.php) Patrick de Laubier a proposé un schéma explicatif du devenir de l’Eglise : « L’Eglise c’est le corps du Christ, dont l’Eglise doit revivre la vie du Christ. Mais l’Eglise ‘’ c’est le Christ répandu et communiqué’’ comme le disait Bossuet. Donc nous avons dans la vie du Christ que les Evangiles évoquent une présentation du déroulement historique de l’Eglise elle-même qui est le corps du Christ. Nicolas de Cues a dit que l’Eglise va revivre la vie du Christ. Le dimanche des rameaux est une période très importante. Pendant un bref moment le Christ est reconnu comme messie par le peuple, qui avait été préparé par les prophètes. Les quatre évangélistes retracent cette entrée à Jérusalem sur un ânon, la monture des rois d’Israël. Peu de temps après s’opère un retournement. » Pour Laubier, le dimanche des rameaux est au devant de nous. Mais peut-être est-il déjà passé ? Peut être sommes-nous déjà aux temps du ‘’retournement’’, de l’apostasie comme le pense René Girard ? Laubier déclare abruptement que, comme pour le Christ ‘’ On tuera l’Eglise aussi.’’ Mais il précise plus loin que ‘’tout semblera perdu’’. C’est-à-dire que tout sera gagné ! L’Eglise s’étant parfaitement conformée au Christ. Alors l’Epouse pourra entrer dans la gloire de Dieu.
Finalement, cette régression en Occident des valeurs chrétiennes (et humaines) ainsi que la sécularisation galopante, menaçant de s’étendre sur les autres continents, n’est peut-être qu’un passage, qu’une Pâque, par lequel l’Eglise doit plonger pour renaître pure de toutes les sacralités païennes (qui nous tentent toujours) afin d’accueillir en pleine connaissance de cause la Parousie.
L’Eglise est comme une étoile: elle nous indique une route. L’Homme dans son égarement ne voit plus l’etoile, alors plutot que de changer de route il voudrait bouleverser le ciel.
Sa démarche le perdra forcement, et quand il aurra épuisé ses reserves aux deserts, il devra pour son salut lever la tete pour comprendre ou il est.