« D’où lui vient cette sagesse ? » : la question porte sur l’origine de la parole que Jésus prononce, particulièrement sans doute les paraboles du bon grain et de l’ivraie, du grain de sénevé et du levain dans la pâte, qu’il vient de proposer à son auditoire.

La question même prouve que ceux qui parlent ainsi n’ont pas compris le sens de ces paraboles, qui mettent l’accent sur l’efficacité de la semence, quelle que soit sa taille de départ, ou de la levure, dont le rendement est assuré. Dès que la Parole — qui est Jésus — prend contact avec la terre du monde, elle ne peut pas ne pas en faire germer et grandir le nouveau peuple de Dieu. L’ivraie — les forces du mal — ont beau faire, elles n’empêcheront pas l’œuvre de Dieu de s’accomplir en son temps :

« De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission » (Is 55,10-11).

La sagesse dont témoigne Jésus lui vient d’en-haut, d’auprès du Père ; bien plus, il est cette Sagesse incréée, cachée depuis toujours en Dieu, et qui nous est révélée à la plénitude des temps où nous sommes.

Il est le grain de blé tombé en terre, qui donne du fruit en abondance.

Car pour se révéler à nous, il fallait que le Verbe-Sagesse prenne chair de notre chair, qu’il s’incarne, plante sa tente parmi nous, afin de s’adresser à nous dans un langage que nous puissions comprendre.

Jésus est la Sagesse divine qui ensemence notre terre ; le germe qui rend féconde la création devenue stérile par le péché.

Et ce germe divin est tombé dans la bonne terre du sein de la Vierge Marie. C’est là qu’a pu pousser l’Arbre de vie afin qu’il donne son fruit en temps voulu.

Or ce jardin clos, cette terre d’Éden préservé du péché des origines, était confié à Saint Joseph par Dieu lui-même :

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1,20)

De même que le premier Adam est placé dans le Jardin :

« Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. » (Gn 2,15)

Ainsi Saint Joseph est établi gardien du nouveau jardin d’Éden, afin que le germe divin qui y est semé puisse grandir « en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. » (Lc 2,52)

De même que tout ce qui pousse dans un verger appartient à son propriétaire, de même, en raison de ce saint mariage, Marie appartient bien réellement à Joseph de même que l’Enfant qu’elle porte en elle.

Les habitants de Nazareth ne se trompent donc pas en affirmant que Jésus est le « fils du charpentier », même si celui-ci n’en est pas le géniteur.

Comme le dit Saint Bernardin de Sienne, « c’est une loi générale dans la communication des grâces particulières à une créature raisonnable : lorsque la bonté divine choisit quelqu’un pour une grâce singulière ou pour un état sublime, elle lui donne tous les charismes nécessaires à sa personne ainsi qu’à sa fonction, et qui augmentent fortement sa beauté spirituelle. »

Il est donc clair que Joseph a été gratifié de tous les dons dont il avait besoin pour s’acquitter de son ministère aux côtés de Marie et de Jésus.

Or Marie disait à Sainte Faustine : « Je désire que tu t’exerces dans la pratique des trois vertus qui me sont les plus chères : la première c’est l’humilité, l’humilité et encore l’humilité ; la seconde c’est la pureté ; et la troisième, c’est l’amour de Dieu. »

Nul doute que Saint Joseph a parfaitement vécu ces trois vertus qui sont les plus chères à la Vierge Marie son Épouse.

L’humilité de Saint Joseph est sans doute sa plus grande gloire.

L’Évangile nous dit qu’il était « juste » devant Dieu, c’est-à-dire ajusté à Dieu, se tenant devant lui comme une créature devant son Créateur, comme un fils devant son Père.

Comment aurait-il pu exercer le ministère de paternité envers le Fils de Dieu, s’il n’avait pas été lui-même fils de ce Père des cieux ?

Son humilité procède de sa foi, de son absolue confiance en Dieu, et s’exprime dans une obéissance sans faille, prompte et totale : le Père lui a confié ses biens les plus précieux et lui parle comme à son fils aîné :

« Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je te dise. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte » ; « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et mets-toi en route pour la terre d’Israël ; car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, et rentra dans la terre d’Israël. »

La seconde vertu si chère à Marie est la pureté : qui mieux que Saint Joseph, l’époux virginal de Marie, a vécu la vertu de chasteté ?

Le mariage de Marie et de Joseph était un vrai mariage, c’est-à-dire que chacun des époux disposait du corps de son conjoint.

Mais chacun des époux a renoncé par obéissance au dessein de Dieu, à exercer ce droit de disposer du corps de l’autre.

La chasteté de ce mariage ne signifie donc pas une réserve dans le don réciproque, mais est l’expression de l’obéissance à Dieu et du respect mutuel de la vocation particulière de l’autre ; autrement dit, il ne s’agit pas d’une limitation dans l’expression de l’amour, mais au contraire l’expression d’un plus grand amour.

De même que nous proposions de rapprocher la foi et l’humilité de Saint Joseph, nous pouvons parler d’une espérance chaste ou d’une chasteté au service de l’espérance.

C’est en effet pour hâter la venue du Royaume espéré que Marie et Joseph renonce à procréer selon la nature, afin de demeurer disponible pour l’action de l’Esprit au cœur de notre humanité.

Leur réserve n’est pas un refus d’agir, mais l’accueil de l’action d’un plus Grand, du Tout-Puissant, qui engendre dans le sein de la Vierge, le premier né du monde nouveau.

Quant à la troisième vertu si chère à la Vierge Marie, l’amour de Dieu, comment douter que Joseph en fut comblé, lui dont toute la vie n’est qu’une constante réponse d’amour à ce Dieu à qui, avec Marie, il s’est totalement consacré.

Cet amour de Dieu n’est d’ailleurs qu’une autre parole pour dire la charité, vertu théologale, qui brûlait au cœur de Joseph, bien sûr comme une grâce découlant anticipativement de la croix de son Fils, mais dont il devait être gratifié en vue de ce ministère de paternité.

C’est parce qu’il aimait parfaitement le Père des cieux, que son cœur était en communion intime avec le sien, au point de ne pas faire obstacle à l’amour divin pour le Fils unique.

Sans rien enlever à la typologie paulinienne qui présente Jésus comme le nouvel Adam, auquel nous sommes unis par la grâce comme nous étions unis au premier Adam par le péché, il est légitime de comparer Marie et Joseph comme le nouveau couple primordial de la nouvelle humanité, enfantée à la croix.

Par leur foi humble, leur chaste espérance et leur charité parfaite, Marie et Joseph demeurent les modèles insurpassables de la nouvelle humanité rassemblant les fils et filles de Dieu notre Père.

Et non seulement ils sont nos modèles, mais nos parents dans l’ordre de la grâce. Bien sûr c’est Dieu qui nous engendre à la vie nouvelle, mais cette paternité-maternité de Dieu nous atteint, nous est accessible, par et dans le ministère de Marie et de Joseph.

C’est à eux que Dieu a confié la mission de veiller sur ses enfants comme ils ont veillé sur son Fils unique ; c’est à eux que Dieu confie notre croissance en sagesse et en grâce sous son regard et celui de nos frères.

L’humble demeure de la Sainte Famille demeure jusqu’à la fin des temps, l’école ou l’on apprend à devenir fils et filles de Dieu à l’image de Jésus, qui voulut y passer la plus grande partie de sa vie terrestre.

La spiritualité de Nazareth semble d’ailleurs particulièrement réservée pour notre temps, si l’on en croit le message de deux des saintes les plus populaires de notre époque : Sainte Thérèse de Lisieux et Sainte Faustine, qui toutes deux passèrent leur vie religieuse à l’ombre de la Sainte Famille. Sans oublier le Père Charles de Foucault, cet autre grand prophète de notre temps.

Que Saint Joseph nous aide à entrer dans une foi humble et confiante, qui s’incarne dans une obéissance à la Parole de Dieu telle qu’elle nous parvient par les Écritures, l’Église et les événements de notre vie, dans la certitude que tous les cheveux de notre tête sont comptés, et que rien ne nous arrive dont Dieu ne peut tirer un plus grand bien.

Qu’il nous aide à entrer dans une chaste espérance, vivant dans la pureté du cœur et du corps selon notre état de vie respectif, dans le souci de hâter la venue du Royaume en nous conformant en toutes choses à la volonté de Dieu pour ne pas faire obstacle à son dessein de salut.

Et qu’il nous fasse grandir dans une charité de plus en plus ardente, pour Dieu et pour nos frères, afin que nous puissions lui plaire en toutes choses et consoler son Cœur si meurtris par l’indifférence de ses enfants.

CatégorieHomélies
Famille de Saint Joseph
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